7° Édition
Libye, plaque tournante du trafic humain
Le photographe et anthropologue mexicain Narciso Contreras a séjourné entre février et juin 2016 dans le nord-ouest de la Libye post-Kadhafi, d’où il a ramené des images saisissantes du trafic humain mené par les milices et les groupes armés.

Garabulli, Libye, mars 2016. Migrants enfermés dans un centre de détention quémandant de l’eau, des cigarettes, de la nourriture et la liberté. © Narciso Contreras pour la Fondation Carmignac
Six ans après la chute du régime de Kadhafi en octobre 2011, la Libye est en proie à une crise politique, militaire et humanitaire sans précédent.
Alors que le gouvernement d’unité nationale créé sous l’égide de l’ONU ne parvient toujours pas à faire respecter son autorité, de violents combats continuent d’éclater quotidiennement sur le territoire entre milices et factions rivales. L’élan d’espoir initié au lendemain de la révolution a désormais laissé place au chaos.
Le Prix Carmignac du photojournalisme a décidé de soutenir un projet de fond sur ce pays dont nous ne recevions alors presque plus d’images.
Alors que, dès 2015, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) alertait sur « l’extrême brutalité » subie par les migrants, la Libye restait, selon les mots de Narciso Contreras, une « pierre impénétrable ».
C’est dans ce chaos que le photographe a mené son enquête en 2016, devenant le premier à documenter la réalité monstrueuse du trafic humain. Il a dû infiltrer un système inaccessible pour fournir les premières preuves visuelles directes de marchés où des milliers de migrants sont achetés et vendus.
Surpopulation carcérale, soins inexistants, misère abjecte, violences arbitraires : les milliers de migrants et de réfugiés subsahariens qui échouent dans ces bagnes sont achetés et vendus chaque jour comme du bétail par des milices tribales et des gangs armés, avec la complicité de ce qu’il reste des autorités libyennes.
Son travail - récompensé par le Prix Lucas Dolega - a brisé le silence et a joué un rôle clé dans le scandale mondial de 2017, poussant la France à qualifier ces actes de « crimes contre l’humanité » et à demander une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. Ses images ont révélé une vérité insoutenable : « Les migrants que j’ai rencontrés sont victimes du trafic d’esclaves depuis si longtemps qu’ils sont brisés. »
Aujourd’hui, dans un pays toujours fragmenté, les abus contre les migrants sont qualifiés de possibles crimes contre l’humanité par la Mission d’établissement des faits de l’ONU.
Reporters Sans FrontièresEn Libye, la répression contre les journalistes reste féroce. Déjà très marquée en 2024, elle s’est poursuivie en 2025 avec l’incendie des locaux de Radio Lam à Tripoli le 7 janvier et l’attaque armée du siège du journal Al-Waqt le 13 janvier. Ces agressions illustrent un climat d’insécurité permanent pour les médias. La Libye se classe 137e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse.
Des miliciens Toubous prient au crépuscule au milieu du désert, vers la frontière avec le Niger, dans le sud de la Libye. Al Toum, Libye. © Narciso Contreras pour la Fondation Carmignac
Libye : Plaque tournante du trafic humain
Editions Skira, novembre 2016
Couverture reliée toilée 30 × 28 cm à l'italienne 102 pages 35 illustrations couleurs Bilingue français/anglais
ÉPUISÉ
Présidé par Brett Rogers, Directrice de la Photographers’ Gallery à Londres, le jury de la 7e edition du Prix est composé de :
Patrick Baz Fondateur du Desk photo pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’Agence France Presse
Reza Photojournaliste
Janine di Giovanni Rédactrice en Chef de Newsweek pour le Moyen-Orient
Thierry Grillet Directeur à la diffusion culturelle de la Bibliothèque nationale de France (BNF)
Mikko Takkunen Photo-editor au New York Times
Christophe Gin Lauréat du 6e Prix Carmignac du photojournalisme

Surman, Libye, juin 2016. Des migrantes illégales vendues par les miliciens de ce camp de détention s’alignent avant d’être transférées par bus dans un autre camp. © Narciso Contreras pour la Fondation Carmignac





















