6° Édition
Colonie - Zones de non-droit en France
La 6e édition du Prix Carmignac du photojournalisme, dont l'appel à candidatures portait sur les zones de non-droit en France, a soutenu Christophe Gin pour son travail en Guyane, plus vaste région française.

Colonie, Monsieur le sous-préfet et les chefs coutumiers de Camopi, Guyane, février 2015 © Christophe Gin pour la Fondation Carmignac
En 2014, la Fondation Carmignac a souhaité soutenir et promouvoir un travail photographique d’investigation sur des territoires hors des feux de l’actualité, en s’intéressant à la France et plus particulièrement à ses zones devenues de non-droit : lieux de dérégulation de nature politique, juridique ou socio-économique dans lesquelles les lois de la République ne font plus autorité.
Pour cette édition, le Prix a été décerné au photographe autodidacte Christophe Gin, qui propose une plongée au cœur de la Guyane, qu'il explore depuis 2001.
En dehors des villes du littoral atlantique (Cayenne, Kourou et Saint-Laurent du Maroni), l’intérieur guyanais, ancien « territoire de l’Inini », n’a été intégré au département qu’en 1969. Entièrement composée de forêts tropicales et de villages coupés du monde, ce territoire incontrôlable connaît depuis d’importantes difficultés d’intégration et de développement : chômage, impasse du système scolaire, oisiveté forcée et alcoolisme des populations autochtones.
Aujourd’hui, l’intérieur du territoire reste une zone de crise où l’orpaillage illégal s’intensifie : WWF France estime que cette activité mobilise près de 10 000 mineurs clandestins, provoquant une contamination record au mercure des fleuves.
Né à Nevers en 1965, ce photographe autodidacte a été frappé par un article de presse consacré à un « Far West tropical » en Amérique du Sud, la Guyane française, où il se rend dès 2001. S’ensuivent de longs et difficiles reportages à l’intérieur de la « collectivité territoriale » et dans les pays environnants, Brésil, Colombie, Bolivie, Suriname, rassemblés dans Le Pont des illusions (2002-2014).
Pour « Colonie », comme il baptise avec ironie le plus grand des départements français, formé de l’ancienne colonie de l’Inini et de l’arrondissement côtier de Cayenne, Christophe Gin parcourt de décembre 2014 à juin 2015, en cinq étapes, des villages abandonnés et des paysages majestueux et dévastés, côtoie des chefs traditionnels et des mineurs clandestins, magnifie les courbes du fleuve Maroni comme celles des dos fatigués.
Loin de la Guyane hightech de Kourou et de ses lanceurs spatiaux, il donne un nouveau sens à la formule d’Albert Londres : « La Guyane est un Eldorado mais on dirait que nous venons d’y débarquer. »
Edouard Carmignac« De son noir et blanc charbonneux, Christophe Gin esquisse méticuleusement, avec forces détails, les contours d’une société où le droit s’arrête à la limite de l’état, […] une jungle où le droit français arrive difficilement à se frayer un chemin. »
Colonie, Fleuve Oyapock, avril 2015.
© Christophe Gin pour la Fondation Carmignac
"Enfer social vu de métropole, il est malheureusement très facile de réduire la Guyane à cette caricature.
Pour ma part, après avoir travaillé dans la région depuis ces quinze dernières années, j’appréhende plutôt la Guyane comme une mosaïque de zones d’exception, souvent régies par des codes et des lois qui leur sont propres. Dans ce contexte, le droit républicain reste une vue de l'esprit, là où droits d'usage, droit coutumiers et droit français cohabitent et parfois s’opposent.
Héritage de la période coloniale, la Guyane obtient le statut de département français en 1946 mais cette départementalisation ne concerne que la zone littorale. Il faut attendre 1969 pour que l’intérieur soit intégré au département à l'occasion d'un nouveau découpage administratif de l’ensemble du territoire. Ses habitants sont progressivement assimilés, à mesure que le système administratif pénètre à l'intérieur des terres.
C'est précisément ce territoire que je suis allé photographier pour la Fondation Carmignac. Très enclavé, l’intérieur guyanais accuse un fort retard de développement et la continuité républicaine y reste aujourd'hui encore très aléatoire.
Il est très facile de s'arrêter à un constat et d'en tirer des « vérités ». Pour ma part, je me résous difficilement à photographier sans donner à voir le contexte. Pour mettre en œuvre ce projet, il était pour moi important d’éviter une vision manichéenne de l’endroit qui ne ferait qu’opposer les uns aux autres, les bons et les méchants. J’ai donc décidé de revenir en Guyane en me concentrant sur différentes communes de l'intérieur, caractéristiques des réalités guyanaises contemporaines."
Présidé par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, le jury de la 6e édition du Prix Carmignac du photojournalisme était composé de :
Nicolas Bourriaud Critique d’Art et ancien Directeur de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris
Patrick ChauveL Photojournaliste
Éric Chol Président et Directeur de la rédaction de Courrier International
Nigel Hurst Directeur de la Saatchi Gall
MARIE SUMALLA Photo-editor au Monde

















