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Édition

Pachtounistan : Lashkars

Les populations pachtounes des zones tribales pakistanaises ont été en première ligne face à la menace terroriste après le 11 septembre 2001. Le 2e Prix Carmignac du photojournalisme a été attribué à l’Italien Massimo Berruti basé depuis 3 ans à Islamabad.

Mahnbanr, tehsil de Qilagai, vallée de Swat, Pakistan, mars 2011. Said Bacha, doyen du lashkar et ennemi juré des talibans, rentre chez lui après avoir assisté à une grande jirga (assemblée) dans le tehsil (sous-district) de Kabal.

© Massimo Berruti pour la Fondation Carmignac

La couleur me perturbait, me détournait de mon objectif », dira-t-il de son reportage intégralement en noir et blanc. Il documente, de janvier à avril 2011, la vie des Lashkars (« armée » en persan, qui a donné « lascar »), des milices civiles pachtounes en lutte contre les talibans et Al-Qaïda.

Au-delà de la fierté ombrageuse de ces hommes, jeunes ou vieux, posant dans leurs maisons ou silhouettés dans d’immenses paysages enneigés, on lit la souffrance d’une population forcée de se battre contre une terreur souvent impalpable, avec de minuscules moyens.

Il porte sur la réalité un regard de journaliste absorbant tous les faits au moment où ils adviennent, sans craindre d’affronter des situations de détresse ou de violence extrêmes. Dans une même image, il parvient à rendre visibles affrontements réels et combats intérieurs.

"J’ai voulu dévoiler, au travers de mes clichés, parfois tragiques, comment ces gens souffrent au quotidien du terrorisme perpétré par les talibans, mais surtout comment ils s’y opposent avec leurs faibles moyens et continuent à vivre malgré tout. Je ne suis pas sûr d’avoir atteint complètement ce but à travers mes photos, car le terrorisme est quelque chose de compliqué, souvent impalpable, qui implique des intérêts très divers et parfois étrangers au pays où il se passe."

Massimo Berruti

Imam Dherai, vallée de Swat, Pakistan, 2010. Des membres d’un lashkar patrouillent le long de la rivière Swat. Imam Dherai est le berceau du chef du TTP (Tehreek-e-Taliban Pakistan), le maulana Fazalullah.

© Massimo Berruti pour la Fondation Carmignac

Aujourd’hui, la situation des droits humains reste critique : le Comité des droits de l’homme de l’ONU continue de faire état de centaines de cas de disparitions forcées, tandis qu’Amnesty International documente la répression violente des mouvements de protestation pacifiques.

Dans les zones tribales pachtounes, la presse est confrontée à une double menace : les groupes armés et la répression étatique. La province de Khyber Pakhtunkhwa a récemment été identifiée comme la plus dangereuse du Pakistan pour les journalistes par Freedom Network, une organisation partenaire de RSF. Un exemple tragique est l’assassinat en mai 2024 du journaliste Khalil Jibran, abattu dans une embuscade à Landi Kotal, dans le district de Khyber Pakhtunkhwa.

Reporters sans Frontières

Lashkars : Milices civiles pashtounes face aux talibans

Actes Sud 112 pages ISBN : 978-2-330-00219-0

Première édition, novembre 2011

€ 29.50 TTC

Le jury était présidé par Alain Genestar, directeur de Polka Magazine et de Polka Galerie, et composé de :

Christian Caujolle, journaliste, commissaire d’exposition et fondateur de l’agence et de la galerie VU’

Susan Meiselas, photographe, agence Magnum

Kathy Ryan, directrice de la photographie du New York Times Magazine

Kai Wiedenhöfer, photographe, lauréat du Prix Carmignac en 2009

Olivier Weber, écrivain, diplomate et ambassadeur itinérant pour la défense des droits de l’Homme

Olivier Laban-Mattéi, photojournaliste indépendant

Clément Chéroux, conservateur au Centre Georges Pompidou, rédacteur en chef adjoint de la revue Etudes photographiques