Le prix Carmignac du photojournalisme est une initiative soutenue par la Fondation Carmignac.
La République démocratique du Congo
Le reportage
Extrait de la conversation entre Mark Sealy, Finbarr O'Reilly et Emeric Glayse, 2020
Expositions
Publications
Jury
11° Édition
Congo in Conversation
Lauréat du 11e Prix Carmignac du photojournalisme, Finbarr O’Reilly consacre son reportage à la République démocratique du Congo. Confronté à la pandémie, il transforme son projet en Congo in Conversation, une plateforme collaborative inédite où journalistes et photographes congolais dévoilent, de l’intérieur, les enjeux sociaux, politiques et environnementaux qui traversent le pays. Une première dans l’histoire du Prix Carmignac : du photojournalisme en temps réel.
Deuxième pays le plus vaste et quatrième pays le plus peuplé d’Afrique — et première nation francophone —, la République démocratique du Congo, qui se nomma Zaïre entre 1971 et 1997 et qu’on appelle aujourd’hui RDC, Congo-Kinshasa ou RD Congo, est souverain et indépendant depuis 1960.
Bien longtemps après que le roi des Belges Léopold II s’en soit approprié personnellement le territoire, il s'y déroule une histoire sombre et convulsive : assassinat de Patrice Lumumba (1961), prise du pouvoir sanglante de Mobutu Sese Seko et dictature corrompue de « Papa Maréchal » (1965-1997), état de guerre quasi permanent entre 1996 et 2005 (plus de 5 millions de morts), guérillas, rébellions et banditismes divers depuis lors, essentiellement au nord et au nord-est.
En 2018, la RDC a été classée 176e pays sur 200 par l’indice de développement humain du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement).
L'élection en décembre 2018 de Félix Tshisekedi, première alternance démocratique de l’histoire de la république, suscite l'espoir à Kinshasa comme dans le reste du monde : celui d’une stabilité politique et sécuritaire réelle, d’une préservation et d’un contrôle efficaces des ressources naturelles et minières, d’une reconstruction équitable de l’économie, des infrastructures et du système de santé.
Les tâches sont aux dimensions du pays : alors que le Congo détient plus de 50 % des réserves d’eau africaines, seulement 30 % de sa population a un accès direct à l’eau potable et 8 % à l’électricité ; sur ses 58 000 km de route, 3 126 seulement étaient bitumés en 2018 ; la malnutrition et les maladies endémiques comme paludisme, sida ou Ebola y sont plus meurtrières que les violences, tout aussi endémiques, qui frappent les villageois dans les champs, les gardes dans les réserves naturelles, et les femmes en tous lieux.
Une autre tâche s’impose, non moins capitale : libérer et améliorer l’information. Alors que la RDC compte au moins 450 radios (le principal média), autant de publications (au tirage très faible) et 135 chaînes de télévision (la plupart de divertissement), moins de 5 % des 95 millions de Congolais ont accès à Internet et le Congo n’occupe que le 149 ème rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (2021). À Kinshasa comme dans les autres grandes villes, journalistes, écrivains, photographes, vidéastes informent dans des conditions d’indépendance et de sécurité terriblement précaires.
La pandémie de Covid-19, qui a fermé les frontières, immobilisé les populations et porté un coup terrible à une économie massivement parallèle, donne donc à la Fondation Carmignac l’occasion de partager ces voix et ces images, venues d’un magnifique pays comblé de malheurs mais aussi de richesses et d’espoirs, et dont les deux tiers des habitants ont moins de 20 ans.
La liberté de la presse est impactée par le conflit à l’est du pays : les journalistes sont pris en étau entre les autorités congolaises et le groupe rebelle M23. Entre janvier 2024 et janvier 2025 dans le Nord-Kivu, plus de 25 radios communautaires ont été pillées ou contraintes de fermer et plus de 50 attaques de rédactions et de journalistes ont été recensées. De manière générale, les journalistes évoluent dans une grande insécurité en RDC.
Reporters sans Frontières, 2025
Le 11e Prix Carmignac du photojournalisme – consacré à la République démocratique du Congo (RDC) – a été attribué au photographe canadien et britannique Finbarr O’Reilly.
Son reportage a débuté en janvier 2020, avant l’irruption de la pandémie de coronavirus et le confinement de la planète. En raison de l’aggravation de la situation sanitaire et de la fermeture des frontières, un fonctionnement différent s’est imposé. Finbarr O’Reilly et l’équipe du Prix – en lien étroit avec le jury de la 11e édition – ont repensé les contours de ce travail face à la crise et ont lancé « Congo in Conversation », un reportage collaboratif réalisé avec une dizaine de photographes congolais qui a été publié sur un site internet ainsi que dans une monographie, et exposé à l’international.
Portraits de l'équipe de Congo in Conversation par Finbarr O'Reilly. De gauche à droite : Raïssa Karama Rwizibuka, Moses Sawasawa, Arlette Bashizi, Justin Makangara, Guerchom Ndebo, Pamela Tulizo, Kudra Maliro, Charly Kasereka, Dieudonné Dirole et Guylain Balume.
Santé, confinement, économie informelle, production artistique, entreprises, difficultés d’accès à l’eau, mais aussi attaques des milices armées, atteintes aux droits humains et environnement : en détaillant les réalités souvent cruelles et les gigantesques défis qu’affronte le Congo, ces reportages dessinent son présent et son avenir avec des faits concrets, des images fortes et un optimisme prudent. Les reporters contributeurs, basés en plusieurs lieux de l’immense territoire, sont les représentants d’une nouvelle génération qui aspire au changement dans un pays exploité, pillé et opprimé depuis si longtemps. Plus de la moitié sont des contributrices, journalistes, photographes et réalisatrices qui documentent l’économie locale, la religion, l’absence d’électricité, l’insécurité mais aussi les salons de coiffure, la stigmatisation de la menstruation ou les rapports entre la colonisation et la notion de beauté en Afrique. « Congo in Conversation » est une première dans l’histoire du Prix Carmignac : du photojournalisme en temps réel. Ce reportage collaboratif nous donne une image aussi diverse que nuancée de la vie en RDC, exposée à sa manière mais comme nous tous à une crise sans précédent.
Arlette Bashizi
Lorsque les frontières ont réouvert, Finbarr O’Reilly a pu reprendre son reportage en RDC, « Congo, Une Lutte Sublime », dont le titre est tiré du discours d’indépendance de Patrice Lumumba.
Son projet examine les thèmes centraux de la sécurité et des droits de l’homme dans l’est de la région, en explorant également leurs liens avec les bouleversements environnementaux et climatiques, l’histoire coloniale du pays et l’impact de l’exploitation permanente des industries extractives sur la vie des Congolais.
Le projet est enrichi par une collaboration avec la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre du programme « La vie après un conflit » qui documente la façon dont la population congolaise gère les conséquences et les réparations des crimes de guerre.
Alors que « Congo in Conversation » nous éclairait sur les réalités congolaises vues par des photographes congolais, le reportage de Finbarr O'Reilly présente un point de vue extérieur. Mais c‘est celui de quelqu’un qui cherche à comprendre son degré de complicité avec la transition et la réinvention qui se jouent sous ses yeux.
« Le défi a été de piloter tous ces photographes sans perpétuer ma vision “extérieure” ni tomber dans les travers de représentation que nous essayons d’éviter. Cela nous oblige à ralentir la production et la consommation des images, à regarder au-delà de l’immédiateté du cycle de l’info et à privilégier une longue focale historique. (…)
Congo in Conversation devient un ouvrage collectif et une exposition où lecteurs et spectateurs peuvent prendre le temps de se confronter aux travaux et aux forces historiques et politiques qui les ont façonnés. Nous ne pouvons pas dissocier les guerres et les difficultés du Congo de la brutalité coloniale de la Belgique ni de l’exploitation de ses ressources par des multinationales.
Dans les vingt dernières années, la photographie a émergé comme l’une des principales formes d’art en Afrique. Pour mettre à bas les systèmes qui ont exclu les photographes africains de la conversation sur leurs propres pays, il faut comprendre les structures qui nous ont maintenus aux postes de contrôle. Équilibrer la balance du pouvoir exige que le secteur se mobilise pour la justice et l’égalité, afin que les photographes africains accèdent à des gains matériels non par charité mais de plein droit. (…)
Nous formons l’espoir que Congo in Conversation nous fera avancer sur cette voie. »
Mark Sealy est un curateur britannique, historien culturel et spécialiste des relations entre photographie, droits humains et représentations. Directeur d’Autograph ABP depuis 1991 et professeur à l’University of the Arts London, il œuvre à la décolonisation du regard photographique et à la visibilité des artistes sous-représentés. Auteur et commissaire d’expositions internationales, il a reçu plusieurs distinctions, dont l’OBE pour services rendus aux arts.
Finbarr O'Reilly :
Vous avez écrit que la photographie est par nature un médium racialisé. Parmi les nombreuses images de conflits en Afrique ou au Moyen-Orient montrant les violences infligées à des corps noirs ou bruns, la plupart sont dues à des photographes étrangers. Cela perpétue la violence dont vous parlez. (…) Comment encourager et développer d’autres manières de voir ?
Mark Sealy :
C’est la question, la première que nous devrions toujours nous poser. (…) Il va falloir inventer une autre notion de la photographie. Son ouverture actuelle va nous aider à repousser quelques-unes des images dégradantes du sujet noir dans l’Histoire. (…) Dans les images de conflits internes à l’Europe, les corps sont traités fort différemment. À bien y regarder, quelles vies valorisons-nous ? Si nous arrivons au point où la valeur d’un Africain ou d’un Noir pris dans un conflit est traitée avec attention et compassion, nous aurons commencé à progresser. (…)
Si les photographes locaux sont éduqués à reproduire ce qui se faisait avant, rien ne changera. (…) Notre mission, c’est de réfléchir à la manière de susciter et de raconter des histoires plus complexes, et d’aider le public à regarder différemment. Nous devons briser les chaînes de ces boulets visuels qui pèsent sur la représentation des pays d’Afrique et les dévalorisent historiquement et culturellement.
Il arrive que, même avec les meilleures intentions, on perpétue inconsciemment certaines choses. (…) Nous devons utiliser des outils extraordinaires pour voir au-delà des déserts visuels. (…) Voilà un dur travail qui nous oblige à penser à la manière dont les images influencent la culture.
La clé pour moi est la générosité. Pour rompre avec les vieilles méthodes, il ne suffit pas d’aller quelque part et d’en retirer quelque chose. (…) Tout est dans la considération : quand je vous vois, je suis responsable de vous. (…) Si je ne vous considère pas, si je ne regarde pas le visage de l’autre avec une entière générosité, je me défais de mon humanité.
Le changement, c’est de voir d’abord quelqu’un comme un égal dont je me sente responsable. (…) Dans notre vieux mode d’être colonial, nous avons oublié de nous sentir pleinement responsables de l’humanité des autres. (…) Nous pouvons regarder dans le viseur et utiliser leurs corps pour dire ce qui nous chante, sans les inclure.
Une conversation authentique devrait être : “Je te parle, tu me parles, et nous échangeons des idées.” Peut-être devrions-nous mieux écouter ce que les gens ont à dire et à offrir, pendant qu’il est encore temps. »
De ce projet sont nés deux ouvrages co-édités par Reliefs Éditions : une monographie consacrée au reportage de Finbarr O'Reilly, Congo, un Lutte Sublime, ainsi qu’un ouvrage collaboratif intitulé Congo in Conversation.
Congo in Conversation
Coédition : Reliefs / Fondation Carmignac
Parution : 30 octobre 2020
Format : 21 × 28 cm, 128 pages
Prix : 35 euros, 45 USD, 58 CAD, 35 GBP
Textes : Préface de Finbarr O’Reilly, Conversation entre Mark Sealy, Finbarr O’Reilly et Emeric Glayse
Photographies : Finbarr O’Reilly et les contributeurs de Congo In Conversation
Congo in Conversation, 2020
Congo, Une Lutte Sublime
Coédition : Reliefs / Fondation Carmignac
Parution : 17 juin 2022
Format : 24 × 28 cm, 128 pages
Prix : 35 euros, 45 USD, 58 CAD, 35 GBP (tbc)
Textes : Finbarr O’Reilly, Comfort Ero, Juge Antoine Kesia-Mbe Mindua
Photographies : Finbarr O’Reilly
Congo, 2021
Jury
Simon Baker
Directeur de la Maison européenne de la photographie (MEP)
Maryline Baumard
Rédactrice en chef du Monde Afrique Comfort Ero
Directrice Afrique de Crisis Group
Meaghan Looram
Directrice de la photographie du New York Times Julienne Lusenge
Présidente du SOFEPADI et Directrice du Fonds pour les femmes congolaises (FFC)
Fiona Shields
Directrice de la photographie du Guardian
Tommaso Protti
Lauréat de la 10e édition du Prix Carmignac du photojournalisme
Pré-jury
Le pré-jury a pour mission de présélectionner entre 12 et 15 dossiers. Il était composé de :
Magdalena Herrera
Directrice de la photographie de GEO France Nicolas Jimenez
Directeur de la photographie du Monde
Nick Kirkpatrick
Photo Editor pour les projets spéciaux et les enquêtes du Washington Post